1. Projet Scientifique

Au début, il y a l’Atlantide, espace mythique, Eden insulaire dont l’être humain, occidental du moins, fait un motif récurrent de sa littérature. Chez Homère, c’est l’escale voluptueuse d’une Odyssée, pour Defoe, le havre salvateur de Robinson. Mystérieuse chez Jules Verne, Noire pour Tintin ou Verte pour Pierre Benoît, elle n’a de cesse de susciter des œuvres, littéraires ou autres. Île Fantastique, île d’Amour ou île nue au cinéma, la voici île de la Tentation d’une télé-réalité qui n’est que le plus récent avatar d’un espace dont l’imaginaire est sans cesse renouvelé. Le tourisme constitue désormais une pratique culturelle à part entière, avec ses propres lieux, espaces, codes, langages, symboles, valeurs. Par les représentations multiples qu’il suscite, il contribue à la construction d’images, souvent stéréotypées, qui peuvent venir se superposer, s’associer ou s’imposer aux référents identitaires des sociétés d’accueil. Dès lors, cette pratique, par la mobilité qu’elle implique, constitue un puissant vecteur d’acculturation dont les effets restent souvent difficiles à évaluer. Souvent perçu comme une force exogène entraînant des impacts positifs ou négatifs, le tourisme peut aussi être approprié, intégré, voire devenir constitutif de l’identité d’un groupe. Le monde du voyage devient aussi une vitrine de l’expression identitaire des territoires. Avec le tourisme, une fusion s’opère entre culture et communication. Évidemment, la communication est au coeur de cet univers composé d’une multiplicité d’acteurs et de secteurs économiques et sociaux. Aux côtés du couple déjà problématique culture-communication, de nombreuses questions épistémologiques et idéologiques jaillissent de l’inclusion du tourisme dans une grille de lecture de la société actuelle. Les espaces insulaires ne sont pas à l’abri de ce phénomène. La communication touristique véhicule l’imaginaire contemporain de ces lieux. Le nomadisme de nos contemporains ne laisse à l’écart aucun espace terrestre et la confrontation des touristes avec populations insulaires modifie les comportements des uns et des autres. Comment le touriste influence et marque-t-il les espaces qu’il traverse (et cela encore bien après son passage) ? L’hypothèse que le tourisme peut jouer un rôle décisif dans la mise en scène de la mémoire et de l’identité des territoires sera explorée. Comment s’opère-t-elle ? Quels en sont les acteurs ? Comment s’effectue la sélection des référents montrés ? Jusqu’où la mise en scène peut-elle aller sans manipuler, en particulier dans les espaces insulaires. Telles sont les questions autour desquelles nous convoquons les chercheurs de tous horizons : infocom, sociologie, ethnologie, histoire, géographie, mais aussi littérature, économie ou architecture car de multiples aspects de l’identité insulaire peuvent ressentir les effets du tourisme, des mentalités aux paysages.

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