05.21.06
Résumés des interventions
Nathalie Bernardie-Tahir
Identités et tourisme à Zanzibar
L’intitulé du colloque « les identités insulaires face au tourisme » se fonde sur deux postulats : le premier affirme l’existence (au sens étymologique d’ex-sistere, être en dehors de) d’identités insulaires qui seraient dès lors établies et reconnues comme telles, le second suppose un rapport de force entre ces mêmes identités et le tourisme auquel elles seraient nécessairement confrontées ou opposées (« face à »). La présente communication tentera de remettre en question ces deux fondements en montrant, notamment à partir de l’exemple de l’île de Zanzibar, que le tourisme certes propose et met en scène une identité construite à partir de référents sélectionnés, voire inventés par des acteurs (locaux ou étrangers) aux intérêts souvent différents, qui se nourrit ou s’écarte d’une identité locale tout aussi construite, souvent plurielle ou à géométrie variable, instrumentalisée par des sociétés insulaires parfois en pleine tourmente identitaire. En l’espèce, la communication touristique montre Zanzibar sous les atours d’une île arabe ou « orientale », « aux parfums d’épices », niant dans le même temps toute la dimension africaine de cette île profondément déchirée aujourd’hui entre ces deux références identitaires. En ce sens, le tourisme serait une sorte de miroir déformant, révélateur volontaire ou involontaire de crispations identitaires de plus en plus fréquentes et exacerbées dans les mondes insulaires actuels.
Yann BEVANT
Culture et marketing touristique en Irlande
Cette communication a pour objet d’étudier comment dans la période actuelle la culture irlandaise et des symboles de l’identité nationale sont utilisés dans une perspective de marketing touristique. L’analyse prend pour point de repère l’exemple de l’Abbey Theatre de Dublin, symbole historique significatif du renouveau national irlandais, et montre que la stratégie développée autour de cet espace culturel mythique permet de relier la vision d’une Irlande traditionnelle romantique à une politique de marketing touristique. Mais par delà cette ambition, il apparaît également, comme le dit Fintan O’Toole, que la mondialisation est un processus complexe dans lequel chaque culture peut apporter sa propre contribution, et ceci est particulièrement vrai pour l’Irlande. L’exemple fourni permet en ce sens d’observer également le choc entre identité nationale et marché global.
Caroline BONDY
La mise en tourisme des lieux en Polynésie française amène à une affirmation/redéfinition des identités insulaires : abandon/affirmation d’anciens référents identitaires, adoption/refus de nouveaux référents souvent exogènes. Elle résulte de la concurrence/complémentarité entre acteurs allochtones et autochtones du tourisme, mais aussi entre acteurs du tourisme et sociétés d’accueil. Cette communication propose une analyse multiscalaire des modalités et acteurs de cette recomposition :- Le tourisme joue un rôle dans la réaffirmation ou la quête d’une identité perdue à travers le renforcement du mythe polynésien, permettant de mieux vendre la destination, la mise en valeur et l’instrumentalisation d’un patrimoine culturel spécifique (danse, artisanat, tatouage) à l’échelle de la Polynésie, des archipels, de l’île.- L’émergence de nouveaux lieux entraîne soit l’adoption de représentations spatiales allochtones par les sociétés locales (ex. le lagon-garde-manger devient aménité touristique), conduisant à l’évolution des fonctions des lieux (diffusion de l’activité touristique), des pratiques spatiales (tourisme domestique), soit le rejet de cette activité touristique dans les faits et les discours.L’évolution identitaire des sociétés locales : évolution des rythmes de vie, des pratiques familiales et religieuses, du rapport au travail (développement du salariat, de l’esprit d’entreprise), et à l’espace (réactivation de réseaux intra/interinsulaires, mobilités).
Anne Sophie BONNET
La remise en cause de l’identité insulaire à travers les problèmes de fonciers : exemple comparé de l’île de Ré et de Santa Catarina dans le Brésil sud
Dans les années 1950, l’action conjuguée de l’exode rurale et du développement touristique va amorcer l’achat de résidences secondaires sur l’île de Ré. Vingt ans plus tard, le même processus s’observera sur l’île de Santa Catarina. Conséquence actuelle, les résidences secondaires représentent la plus grosse capacité d’accueil sur les deux îles et sont plus nombreuses que les résidences principales sur l’île de Ré. Aux vues de la petite taille des îles et de la raréfaction des zones constructibles, le prix du foncier s’est envolé (augmentation de 100% de la valeur des biens sur l’île de Ré en 30 ans)
Les exemples du village des Portes et celui de Jurerê illustrent parfaitement les conséquences diverses qui découlent de cette évolution.
On constate une évolution de la composition sociale des habitants au profit d’une population majoritairement aisée et retraitée d’origine parisienne ou nantaise sur Ré et de São Paulo et Porto Alegre sur Santa Catarina, au détriment des jeunes couples et des insulaires d’origine.
D’autre part, une évolution des rapports de force avec une implication de ces nouveaux résidents qui au nom de la préservation de l’environnement vont en réalité plus chercher à protéger leur cadre de vie et une vision plus esthétique que scientifique de la nature.
Par conséquent, malgré des contextes économiques, politiques et sociaux différents, les impacts du tourisme sont similaires. Si les pouvoirs locaux ne prennent pas des mesures urgentes, l’apparition de ghettos, déjà bien entamée, va se diffuser sur la totalité des territoires insulaires rétais et catarinense et illustrer l’acculturation du tourisme sur les territoires insulaires à l’échelle planétaire.
Melle Vanina BORROMEI
Le tourisme, entre développement durable et productivité, quel équilibre pour cette activité fondamentale des îles européennes?
Le tourisme dans les régions insulaires de l’Union européenne représente entre 35 et 40 millions de visiteurs . Il apparaît ainsi comme l’activité économique dominante, voir parfois la mono activité de la plupart de ces îles, ainsi il peut jouer un rôle majeur au sein d’une économie insulaire . Toutefois ce développement de l’activité touristique, s’il n’est pas juridiquement encadré et parfaitement pensé, peut être risqué . Tout d’abord il crée une dépendance économique très risquée face à la concurrence croissante des nouvelles destinations balnéaires des PECO . De plus, le caractère saisonnier de l’emploi et la multiplication du tourisme de masse durant certaines périodes de l’année ne permettent pas de développer une économie stable pour ces régions, même si elle est bénéfique et fondamentale. La dépendance au secteur touristique est très périlleuse en ce sens qu’elle se fonde sur une extrême vulnérabilité dépendant sensiblement de la conjoncture internationale . Les petites économies insulaires sont dès lors confrontées à ce type de difficultés aggravées par le phénomène insulaire. Une diversification de ces offres touristiques pour ces destinations est donc capitale. Comment développer durablement l’activité touristique sans multiplier les infrastructures et sans porter atteinte à l’environnement, tout en maintenant une offre attractive ?
Jean Marie BRETON
Entre reconnaissance et construction identitaires : le tourisme enjeu de la dialectique du partage et de l’exclusion(le cas des îles de la Caraïbe)
Le tourisme, fréquemment présenté comme une alternative d’impulsion et de financement d’un développement voulu “durable”, a connu une expansion aussi mal maîtrisée qu’incohérente, au détriment du patrimoine environnemental, insulaire et littoral en particulier. Bien commun de tous et ancrage des cultures comme des identités, celui-ci en subit des atteintes et des agressions graves et multiples.
Au-delà du seul tourisme balnéaire et exotique tradiTionnel, le défi d’un tourisme alternatif écologiquement et culturellement “responsable”, tel que l’éco-tourisme, serait-il alors en mesure de répondre à certains des handicaps et des faiblesses qui affectent les destinations de soleil des îles de la Caraïbe, exposés, a priori, à se heurter aux mêmes obstacles, dans ses composantes endémiques comme son vécu concret ?
Un bilan objectif des expériences conduites, et une évaluation exhaustive et réaliste des potentialités et des conditionnalités, pour chacun des Etats et/ou territoires de la région, permettrait d’en valoriser l’exploitation au service d’un développement touristique durable et viable, dans des sociétés insulaires très “vulnérables” à l’expansion du phénomène et de la pression touristiques.
La crédibilité et l’effectivité du paradigme d’écotourisme, dans sa dimension identitaire fondée sur la relation complexe de la culture et de l’environnement, pourrait alors utilement contribuer à faire émerger des offres alternatives de tourisme, plus conformes aux attentes des individus et des peuples.
Clotilde BUHOT
Typologie des nouveaux habitants des îles selon leur provenance géographique : le cas d’ Ouessant, Groix et Yeu.
Dans les îles situées à l’Ouest de la France métropolitaine, la majorité du parc des logements est aujourd’hui composée de résidences secondaires. Plus de la moitié des propriétaires de logements habiterait donc les îles de façon intermittente. Toutefois, il est souvent difficile de différencier résidents principaux et résidents secondaires sur le seul critère de la durée d’occupation d’un logement. En effet, l’attachement aux lieux, l’implication dans la vie politique, associative ou culturelle, les origines familiales comptent tout autant. La distinction résident principal/résident secondaire est de plus en plus floue, à tel point qu’elle est aujourd’hui remise en cause par différents auteurs travaillant sur la question comme par les habitants des îles eux-mêmes. Dès lors, comment opérer une distinction objective ? Nous partons de l’hypothèse que la provenance géographique constitue un indicateur pertinent pour connaître ces habitants. À partir d’un travail de thèse privilégiant une approche du marché du logement dans les îles du Ponant, nous allons esquissé une typologie basée sur les lieux de naissance et de résidence (déclaré) des personnes ayant acquis un logement entre 1995 et 2003. Nous distinguerons donc quatre types d’habitants : les natifs résidants, les natifs non-résidents, les non-natifs résidants et les non-natifs non-résidants et ce sur la base de trois terrains d’analyse privilégiés : Ouessant, Groix et Yeu.
Jean Pasquin Castellani
L’identité corse ou la performance oubliée
La notion d’identité communément admise fait l’objet de critiques radicales. Selon l’anthropologue François Laplantine : « L’identité est une captation frauduleuse de signification qui en dit trop ».
Afin de contourner cette contrainte d’ordre épistémologique, nous envisagerons la problématique de l’identité insulaire en convoquant les outils de l’Anthropologie de la Communication telle que la propose Yves Winkin.
À l’instar de l’auteur, nous considérerons la communication comme performance de la culture. Nous privilégierons ainsi les formes diverses du lien social. Les actes de langage apparaissent dès lors comme autant de participations à la matrice sociale et non comme des faits isolés, simples productions de compétences langagière.
La performance de la culture repose sur une architecture conceptuelle issue des cadres théoriques développés par :
• Erving Goffman qui envisage dans la performance, « la totalité d’une personne donnée, dans une occasion donnée, pour influencer d’une certaine façon un des autres participants » ;
• et Richard Bauman qui considère la performance comme un « déploiement intentionnel de compétence expressive devant un public. »
En empruntant les concepts et notions issus de ces cadres, nous serons alors en mesure de mettre au jour la mutation des caractéristiques spatiale, temporelle et corporelle du chant, que nous proposons comme objet. Une analyse précise des postures et des cadres d’interaction nous permettra d’analyser le phénomène de mise sur scène dans le contexte touristique actuel.
Nous envisagerons alors le processus lié à la représentation d’une identité sublimée par le discours et la scène, en soulevant le problème de sa réalité sociale. La conclusion s’attachera enfin à souligner l’influence du temps dans ces mutations et invitera l’activité touristique à l’ouverture et à la recherche d’autres dimensions temporelles.
Marina CASULA
« Tourisme et développement identitaire en Corse »
La question du tourisme suscite en Corse une double réaction, à la fois méfiance et attirance. Une des fiertés de la Corse st d’avoir été une terre de tourisme de longue date en accueillant les voyageurs, apprentis anthropologues (Boswell) et les grands écrivains du XIXème (Mérimée…).
Aussi quand le gouvernement français a décidé en 1957 que le développement de la Corse reposerait sur le tourisme de masse, d’aucuns ont vu là un moyen de sortir la Corse de son sous-développement. Mais l’inquiétude a commencé à poindre chez certains insulaires, soucieux de préserver leur identité et leur territoire. D’autant que la tradition d’hospitalité des Corses a été heurtée par la relation commerciale qu’implique le tourisme moderne et que les exemples offerts par d’autres îles de la Méditerranée comme les Baléares ont pu effrayés les Corses. L’incompréhension va favoriser la multiplication des attentats contre des complexes touristiques dans les années soixante-dix et quatre-vingt.
Après ces années sombres et un véritable questionnement de la part des institutions corses (Conseil Economique Social et Culturel, Collectivité Territoriale de Corse) sur l’orientation à donner au développement de la Corse. La notion de développement identitaire implique l’accueil d’une nouvelle catégorie de touristes, moins attirés par les plages ensoleillées et plus par l’authenticité des microrégions. Le tourisme apparaît dès lors comme un moyen pour les Corses de se réapproprier un territoire en désertification, mais également de transmettre la mémoire de ce territoire à l’histoire riche. C’est sur cet aspect que nous insisterons en exploitant une enquête de terrain auprès d’acteurs politiques.
Catherine Dostes Olivier Bessy,
L’identité Réunionnaise face au tourisme : l’exemple du projet “Villages créoles”.
L’île de la Réunion connaît un développement touristique croissant depuis une quinzaine d’années (de 180000 en 1989 à 430000 en 2004) qui a contribué à modifier les référents identitaires de la population locale. On peut observer aujourd’hui une situation « hétéroculturelle » caractérisée par le problème de la double appartenance entre les normes issues de la tradition créole et les valeurs de la modernité occidentale, qui n’est pas sans poser problème en matière de construction identitaire pour la population locale.
Notre objectif dans cette communication est de montrer comment un projet touristique en l’occurrence, « Villages Créoles », porté par la Maison de la Montagne depuis 2001, contribue à renforcer l’identité des communautés d’accueil tout en participant au développement touristique de l’île.
Il s’agira notamment de mettre en exergue que le choix de thématiques par village (culinaires, historiques, identités paysagères) participe à la diversité et à la complémentarité d’un produit touristique de réseau tout en permettant aux acteurs locaux d’affirmer l’expression identitaire de leur village.
Ce produit touristique a tous les atouts pour réussir dans cette entreprise car il est en prise directe avec les patrimoines des territoires concernés, qu’il s’est construit et évolue en collaboration étroite avec les différents acteurs locaux.
Odile GANNIER
« Nouvelles du paradis : la Polynésie et la caricature du tourisme.
Touriste de bananes (Simenon), La Tête coupable (Gary), News of the paradise (Lodge) »
La Polynésie est une destination touristique des plus typique : lagon bleu, plage, cocotiers, jolies vahinés au paréo léger, vie facile… Tahiti tente en partie de se conformer aux canons touristiques – on oublie l’envers de l’image, qu’il s’agisse de la bourse bien garnie nécessaire au vacancier, du sable volcanique plus souvent noir que blanc, ou des matrones pas toujours commodes : la réalité, on s’en serait douté, n’est pas celle des cartes postales.
Cependant, les efforts des îles du Pacifique en matière d’accueil du touriste passent par la création d’images nouvelles : le touriste doit pouvoir venir en Polynésie pour connaître la culture ma’ohi, non pour bronzer idiot en restant aussi ignorant qu’absolument indifférent à cette ignorance. Mais le touriste reste-t-il face à lui-même ou peut-il croiser l’altérité ? Lui offre-t-on réellement un accès à cette culture ou n’est-il pas, souvent, installé dans un décor de carton-pâte conçu pour représenter ce que le touriste avait imaginé ?
Une certaine littérature met en scène cette différence entre l’Idée et son ombre : Romain Gary dans la Tête coupable, Simenon, dans Touriste de bananes, David Lodge dans News of the paradise (Nouvelles du paradis), s’amusent à démonter pièce par pièce les clichés : l’humour ou le désenchantement fissurent l’édifice construit par les opérateurs de voyages. Gary montre en particulier comment fonctionne le mythe de Gauguin. Somme toute, la littérature n’est-elle pas une source irremplaçable de réflexion sur les images du monde ?
Claire GIRAUD-LABALTE,
« Marie-Galante si vraie ? »
Parmi toutes les œuvres artistiques que l’île inspire, la chanson de Laurent Voulzy « Belle-Ile-en-Mer, Marie-Galante » introduira notre propos, car c’est pour beaucoup le seul lien fragile avec cette petite île des Antilles. Mais, cette mélodie très populaire pose déjà le problème : à quelle réalité se réfère l’évocation de Marie-Galante ?
De loin, bercé par une écoute distraite, l’auditeur a vite fait de rapprocher sur un même océan l’île bretonne et l’île caribéenne, retenant de Marie-Galante qu’elle est au bord de l’eau.
Lorsqu’il a choisi cette destination, le touriste débarque dans l’île avec ses propres représentations mentales: la plage et les cocotiers, le ti-punch et le zouk. Le temps du séjour, il peut explorer les fonds sous-marins ou adopter « l’indolence créole » et, selon l’expérience vécue, quitter Marie-Galante avec les mêmes images juste pimentées ou repartir, au contraire, transformé par le choc des cultures.
Quant aux voisins Antillais, Guadeloupéens et Martiniquais, ils ont leur propre vision de l’île considérée comme conservatoire d’une certaine tradition.
Comment toutes ces images souvent stéréotypées s’articulent-elles aux référents identitaires des Marie-Galantais ?
Par différents vecteurs en effet, l’île d’accueil se donne à voir et s’expose ou bien se révèle tacitement:
Ainsi l’office du tourisme vante les charmes d’une île « authentique et passionnée » dotée des plus belles plages de l’archipel de la Guadeloupe, asile des tortues marines et terre de traditions rurales.
D’autre part, la communauté de communes qui vient pour la 1ère fois à la Guadeloupe de co-signer la création du « Pays de Marie-Galante » affiche son slogan « Marie-Galante si vraie » et insiste sur son caractère de double insularité.
Il faudrait enfin sonder les points de vue des Marie-Galantais eux-mêmes, tant les résidents que les membres de la « diaspora », si attachés à leur « île aux cent moulins ».
Cette approche de l’identité de Marie-Galante, affichée et vécue, respectera le contexte particulier dans lequel elle s’est forgée : une mission d’observation et d’accompagnement concernant le patrimoine de l’île et sa place dans le « Pays de Marie-Galante ». Elle sera illustrée par de nombreuses images de l’île.
M. Glon
Claudel et les îles japonaises
On a souvent noté que pour Paul Claudel le Japon est une métaphore du Paradis Terrestre. Mais c’est par sa qualité d’île que cette terre prend vraiment son sens dans l’imaginaire claudélien. Lieu circonscrit, cerclé d’eau, il devient l’enjeu parfait de la grande dramaturgie qui caractérise l’œuvre théâtrale de Paul Claudel, c’est-à-dire l’explosion des lieux clos par un dieu terriblement expansif (dans tous les sens du terme, et particulièrement dans celui d’un être que rien ne peut contenir). L’île claudélienne n’est donc pas un appel au rêve mais un appel au ravage et le Japon – l’île qui est pour lui la plus remparée de paix – n’a pas d’autre vocation que d’être conquise, ainsi que Rodrigue le dit dans Le Soulier de Satin : « votre barrière de fleurs et d’enchantements, oui, celle-là aussi devait être rompue comme les autres et c’est pour cela que je suis venu, moi, l’enfonceur de portes et le marcheur de routes ! ».
GUIGUENO
Des films entourés d’eau : histoire et mémoire des films de Jean Epstein dans les îles bretonnes (1928-2005).
Entre 1928 et 1948, le cinéaste Jean Epstein a tourné une dizaine de films en Bretagne, dont une fameuse trilogie insulaire : Finis Terrae (Ouessant, 1928) Mor Vran (Sein, 1930) et L’Or des mers (Hoedic, 1931-1932). Appréciés des cinéphiles, ces films contribuèrent également à la reconnaissance de Jean Epstein comme premier « cinéaste breton » dans les années 1930, puisqu’il réalise Chansons d’Armor (1934), le premier film sonore en langue bretonne.
Présentés dans le circuit de l’avant-garde cinématographique, ces films n’ont jamais été vus dans les îles avant les années 1970. Le parc régional d’Armorique et les animateurs du festival de Douarnenez contribuent alors à un « retour » de Jean Epstein vers Ouessant et Sein. Ce phénomène se prolonge aujourd’hui sur Hoedic grâce à l’association Melvan, qui a organisé en 2005 plusieurs projections de L’Or des mers. Il existe donc aujourd’hui une mémoire insulaire de l’œuvre de Jean Epstein, une salle portant même son nom à Ouessant, au phare-musée du Créac’h.
Après avoir rappelé quelques éléments sur les deux moments de la rencontre entre Epstein et la Bretagne – le temps des tournages (1928-1948), le temps des projections (1970-2005), la communication proposera une interprétation du succès que rencontrent les projections organisées sur Ouessant et Hoedic : films de famille pour les insulaires, ils peuvent être appréciés par les touristes pour leur grande qualité cinématographique. Ils constituent donc une mémoire commune à ceux qui vivent dans les îles et à ceux qui les fréquentent.
Giovanna Iacovazzi
L’île et l’imaginaire en ethnologie : à la recherche du rêve perdu ?
« Enfants – écrit Fernand Braudel – nous avons tous rêvé au bonheur de Robinson Crusoé, au bateau échoué devant l’île, avec tant d’à propos, pour être vidé de ses richesses, aux arbres tout prêts à se transformer en énormes pieux pointus pour être plantés devant notre caverne et prêts à repousser ensuite branches et feuilles ; nous avons tous rêvé aux étrangetés d’une vie inédite, dans un royaume inaccessible, une île de liberté qui serait en quelque sorte le fruit d’une autre distribution des choses de la vie. […] Une île, un monde autre, pour grandes ou assez grandes personnes, pour des enfants qui auraient trop grandi, mais sauraient encore rêver ».Se situant au milieu de la mer, éloignée de tous les côtés par l’eau, ne pouvant être accessible qu’après un “temps” précis, celui de la traversée et de la navigation, de par sa nature et son étymologie, l’île renvoie à cet espace géographique et symbolique caractérisé par l’isolement (solus), par l’écart, par le retrait, par la séparation. Territoire intérieur (in), espace décentré, mais aussi métaphore de la solitude, l’île a souvent représenté, dans l’imaginaire collectif, l’espace de l’”ailleurs”, de la rupture, de l’attente, de la liberté onirique, du bonheur. Depuis l’Antiquité, le mythe d’une île bienheureuse, au bout du monde, loin du quotidien et du connu, n’a pas cessé de croître. Mais c’est à partir du XIXème siècle que cette même idée a croisé le regard de certains ethnologues qui, soucieux de découvrir l”autre”, ont vu dans l’espace social insulaire, souvent lointain, le meilleur moyen pour rencontrer cet autre, un autre pas comme les autres, différent du connu, “pur”, authentique, car à l’écart de toute contamination historique et de modernité. En effet, si tout ethnologue, pour mieux comprendre l’altérité, se doit de quitter, pendant quelques temps, sa propre société, abandonner ses habitudes et partir ailleurs, quoi de mieux que l’île comme lieu d’élection de cet ailleurs recherché ? Comme double métaphore de l’altérité, terrain d’étude lointain mais aussi espace éloigné de toute terre, où la distance qui devient ainsi symbolique, se veut à la fois quantitative et qualitative?
Si l’effort d’observation et de distanciation est à la base de toute démarche anthropologique, l’île offre, dans l’imaginaire des ethnologues, une plus grande mise à distance et permet de mieux marquer une différence à travers un couple d’opposition : entre nous et eux, entre l’ici et là-bas. C’est comme si l’île, de par son statut particulier, concourait à accentuer la différence entre l’observateur et l’observé. Souvent, la description ethnologique adopte le ton d’un regret, le regret de la perte d’un Paradis perdu, d’un Eden en train de disparaître, entre désir et nostalgie.Tout au long de son histoire, l’ethnologie, et, en particulier, l’ethnomusicologie, a participé à la consolidation et à la valorisation de cet ancestral topos.
Pour l’ethnologue-ethnomusicologue, le mythe de Robinson, loin de s’affaiblir, a créé de nouvelles images, de nouveaux modèles, à la croisée des chemins, entre altérité, scientificité et archétypes.Quel lien se tisse-t-il entre ethnologie-ethnomusicologie et île ? Quel rôle l’ethnomusicologue joue-t-il dans la mise en scène de l’espace insulaire ? Peut-il contribuer, comme le touriste, à la construction d’images “typiques”, à l’aménagement de nouveaux sites ou de nouvelles fêtes ?C’est en revisitant l’histoire de la discipline de manière critique que nous essayerons de répondre à ces questions à travers une mise en perspectives des étapes les plus importantes et en partant de l’hypothèse de l’île comme un espace géographique mais aussi “poétique”, selon la perspective bachelardienne.
JAUZE
TOURISME ET PRODUCTION IDENTITAIRE A L’ÎLE MAURICE
Dans le Sud-Ouest de l’océan Indien, Maurice est une référence touristique internationale, avec ses hôtels haut de gamme, ses plages de sable blanc, ses cocotiers et son lagon turquoise ; de quoi faire rêver plus d’un vacancier en quête d’île tropicale. A ces avantages classiques, s’ajoutent la diversité de sa palette ethnique et le pluralisme de sa culture. Mais, cet argument touristique est aussi le revers de la médaille : la nation mauricienne a du mal à émerger du communautarisme qui affaiblit ses bases sociales. Dans cette société composée d’Hindous, de Créoles, de Franco-Mauriciens, de Musulmans, de Sino-Mauriciens, où chaque groupe fonctionne sur un modèle de « citadelle assiégée », se pose en effet la question de la cohésion identitaire. Dans un contexte d’ouverture à la mondialisation, le tourisme apparaît comme une possibilité de compromis culturel, pouvant déboucher sur un consensus national. Cette activité exerce dans l’île la fonction de grand intégrateur social, en ce sens qu’elle représente un terrain d’entente et de neutralité. Les éléments de l’héritage culturel qui sont placés dans sa sphère échappent ainsi à l’appropriation de groupe pour acquérir une nouvelle dimension collective au travers de la médiation économique. Sous cet angle, de mise en scène des éléments patrimoniaux et de construction d’une mémoire consensuelle, le tourisme peut donc être un facteur de promotion culturelle, participant à la construction de l’identité nationale.
Joets Aurélie
Se partager entre défense du patrimoine naturel et du patrimoine culturel :Etre coupeur de mottes à Ouessant
Ouessant, île située à vingt kilomètres des côtes bretonnes, a développé une technique de cuisson spécifique mise actuellement en valeur dans le cadre de l’activité touristique. En raison du manque de combustibles sur leur île, les Ouessantins ont dû utiliser des techniques originales pour cuire leurs aliments et se chauffer. Ils prélevaient ainsi des mottes d’herbe sur le bord des grèves qui, une fois séchées, pouvaient être gardées tout au long de l’année. Entassées sur une marmite, elles étaient embrasées, permettant une cuisson à l’étouffée lente de trois à quatre heures. Cette méthode traditionnelle est reprise actuellement par les restaurateurs et les traiteurs de l’île qui proposent aux touristes, un « exotique » ragoût dans les mottes. Pourtant si cette technique est valorisée par les défenseurs des traditions ouessantines, c’est une autre partie du patrimoine ouessantin qui est alors menacé. En effet, le changement survenu dans les techniques d’extraction des mottes provoque des dégradations de la flore et de la faune protégées de l’île. Les zones écorchées se sont agrandies et la repousse de la végétation n’en est que plus difficile. L’augmentation de la demande des plats confectionnés avec des mottes entraîne un défrichement des zones côtières de plus en plus conséquent. Les comportements des îliens se sont adaptés aux influences et aux demandes des touristes. Cependant, entre le discours culturel pour la préservation des traditions et le discours écologique pour la protection des espèces, les mottes sont devenues un sujet de contestation à Ouessant. C’est cet enjeu que la communication proposée envisage d’analyser.
KOKEL
Impact du tourisme au Cap Vert.
Le Cap Vert est un archipel constitué de neuf îles habitées. Cet état indépendant depuis 1975, affiche actuellement une volonté de développer le secteur touristique. Cette activité peut en effet représenter un apport financier important pour ce pays disposant de peu de ressources.Ce développement passe un engagement de l’état, mais aussi des investisseurs étrangers, dont la nationalité varie selon les îles et le type de tourisme. La mise en place du tourisme s’effectue de manière non homogène selon les îles. Les ressources (plages, montagnes, culture…) et donc le type de tourisme développé (balnéaire, randonnée…), influencent entre autre l’environnement par exemple par les aménagements divers comme les logements (petites pensions, hôtels, villages touristiques), l’accessibilité (avion, bateau, routes), le marché du travail. L’implication dans cette activité et le comportement des autochtones face aux touristes varie également en fonction de ces paramètres. L’existence de plusieurs types de tourisme permet de nuancer les impacts (positifs ou non) du tourisme en fonction des pratiques.L’apparition récente du phénomène touristique au Cap Vert (environ 13 000 entrées au milieu des années 1980 et plus de 152 000 en 2002) permet donc d’étudier les premiers effets de cette activité mais aussi, grâce à la prise en compte de l’histoire touristique d’autres lieux, d’offrir au Cap Vert la possibilité de faire les choix conduisant à un tourisme durable.
Vanessa LECLERCQ
Le tourisme en Grande-Bretagne : représentation de l’identité nationale et langues minoritaires
Quatrième pôle industriel de l’île, le tourisme représente une ressource et des enjeux particulièrement importants pour la Grande-Bretagne. Au sein de ce secteur, le tourisme à visée linguistique enregistre depuis plusieurs années une forte croissance, et la demande ne décline pas. Berceau de la langue anglaise, la nation britannique se définit comme le lieu idéal pour apprendre cet outil de communication aujourd’hui indispensable : elle serait entre autres un tremplin pour le touriste qui voudrait ensuite partir vers des terres aux langues inconnues, où l’anglais servira de lingua franca. En parallèle de ce phénomène se développent les séjours à caractère de visite familiale chez des Britanniques issus des anciennes colonies, pour qui la langue employée dans les échanges demeure de façon privilégiée la langue vernaculaire des pays d’origine. Cependant, les autorités britanniques ne délaissent-elles pas, au sein de leur politique touristique, un partie de leur histoire, au dépend des langues galloise ou écossaise, qui bénéficient néanmoins d’une reconnaissance institutionnelle, nationale et européenne, depuis 1995? Il semble en effet paradoxal de valoriser des lieux de mémoire comme Stonehenge sans pour autant ne pas affirmer la vivacité de la culture celtique. Quels sont les enjeux pour la politique de décentralisation mise en place en 1997 sous le premier mandat de Tony Blair? Cette indifférence face aux langues minoritaires historiques n’est-elle pas un danger pour la britannicité, la représentation identitaire multiculturelle de la Grande-Bretagne contemporaine?
Claude LLENANOSY BE : île à vendre ?
L’île de Nosy Be se situe au Nord-Ouest de Madagascar, elle mesure 75 km de circonférence, 24 km dans sa plus grande longueur et 18 km dans sa plus grande largeur et déroule ses plages de sable fin sur le canal du Mozambique. Haut lieu touristique, elle offre un cadre unique sur le plan climatique ainsi qu’au niveau de la faune et de la flore. Mais cette présentation idyllique n’a pas que des aspects positifs. En effet, le tourisme de masse est arrivé sur l’île et a déstabilisé le fragile équilibre écologique et social. Alors, comment parvenir à éviter la marchandisation des richesses matérielles et de la culture locale ? D’autant qu’à côté la petite île de Nosy Sakatia parvient par le développement d’un écotourisme à maintenir un relatif équilibre entre populations locales et tourisme intégré.Face au tourisme de masse, comment la population de Nosy-Be pourrait-elle éviter une prise de conscience collective pour impulser une réaction salutaire pour préserver l’identité insulaire ?
Louis Marrou
Identité et Tourisme aux Açores dans trois œuvres de R. Brandão, V. Nemésio et J. Saramago
Au sein des archipels de la Macaronésie (Cap-Vert, Canaries, Madère, Açores) l’archipel des Açores est, avec celui du Cap-Vert, l’ensemble insulaire où l’économie touristique est la plus discrète même si son développement est rapide au début du XXIe siècle. Il s’appuie sur le tourisme de nature qui se développe selon trois directions principales :
- circuit de randonnées pédestres (notamment en domaine volcanique) ;
- observation de cétacés ;
- pratique de la plaisance.
Ce tourisme est complémentaire de ce que les Portugais appellent le tourisme de la saudade, celui pratiqué par les dizaines de milliers d’émigrants, essentiellement américains, qui profitent de quelques semaines de vacances pour venir visiter leurs îles d’origine.
L’analyse de trois ouvrages emblématiques de la littérature portugaise et açorienne du XXe siècle permet la lecture des identités insulaires face au tourisme. En 1924, Raul Brandão dans As Ilhas Desconhecidas propose un récit de voyage qui a pour vecteur le « vapeur » reliant Lisbonne à Madère et aux Açores. Ce touriste maritime a beaucoup fait pour la découverte de l’archipel dans la société bigarée de Lisbonne. En 1944, Vitorino Nemésio publie Mau Tempo no Canal (Gros temps sur l’Archipel). Il y met en scène la société de la ville d’Horta au début du XXe siècle et dessine les prolégomènes de ce qui fait le succès de l’île de Faial : le cosmopolitisme et la mise en valeur de l’image du volcan Pico. En 1986, celui qui obtiendra quelques années plus tard le prix Nobel de littérature, José Saramago, propose avec A jangada de pedra (Le radeau de Pierre) une parabole à l’amour, à la nature et aux éléments telluriques. Dans le roman, la minuscule île de Corvo joue un rôle fondamental. Elle croule le temps de quelques heures sous le poids d’une horde de touristes venue voir passer la péninsule ibérique en voyage dans l’océan Atlantique.
Les trois ouvrages offrent les prémices de la mise en tourisme de l’archipel des Açores par le tourisme de croisière, celui de nature et le tourisme de masse. Les sociétés insulaires de l’archipel ne réagissent pas de la même façon à cette sollicitation et dessinent un panorama contrasté des résistances identitaires.
Monnaie Jennifer
Titre : L’insulaire contre le tourisme, tout contre.
En 1928, Jean Epstein tourne un film sur l’île d’Ouessant, Finis Terrae. Ce « documentaire psychologique » impliquera fortement les insulaires filmés.
Aujourd’hui reconnu pour sa valeur ethnographique, le film est diffusé au sein du Musée des phares et des balises de l’île d’Ouessant.
L’enquête sociologique entreprise sur l’île d’Ouessant, consistant en une projection de Finis Terrae pour recueillir l’impression des habitants sur ce film, a déclenché chez eux un point de vue, une pensée que l’on peut qualifier de visuelle, sur l’insularité et son nouveau corollaire, le tourisme.
Au travers de l’interprétation du film, les Ouessantins ont beaucoup parlé de leur vécu d’insulaires, de leur culture, de leur imaginaire, bref « d’illéité », c’est-à-dire de tous ces comportements induits par la nature particulière de l’espace insulaire. Et cela pour mieux s’exprimer sur un ensemble de signes, de valeurs, de représentations, d’usages, qui ont aujourd’hui changé… « à cause » du tourisme.
D’autre part, ce film, maintenant projeté aux touristes, fourni une image des insulaires dans laquelle ils se sentent investis. En effet, la culture de l’île d’Ouessant est utile à l’ensemble de la société Ouessantine, parce qu’elle joue un rôle d’étendard. Elle permet à tout Ouessantin d’être distingué, reconnu à l’extérieur de l’île, et en défendant cette culture, il se défend lui-même.
L’insulaire est contre le tourisme, tout contre…
NEDELEC
Les îles françaises comme Noirmoutier, Ré ou Belle-île ont depuis longtemps vu se développer sur leur espace les marais salants. Après de nombreux tumultes, détériorations voir de disparitions, les salines insulaires commencent à reprendre vie. Grâce à une batterie de mesures de protection, ces lieux sont entrés dans la vision d’un développement durable et d’une gestion intégrée au titre de la protection des zones humides. La mise en place de mesures de protection et de gestion octroie à ces lieux, un pouvoir d’attractivité touristique. C’est une sorte de label. L’utilisation de ces mesures par les collectivités locales dans les prospectus touristiques des syndicats d’initiative encourage ce sentiment de labellisation.
Ces lieux possèdent une valeur symbolique et leur maintient en état les transforme en quelque sorte en “sanctuaire”. Cette sanctuarisation est renforcée par la pression d’un écotourisme toujours croissant. Ces espaces sont donc maintenus en état ; glissant peu à peu vers la patrimonialisation. Le saunier par l’ancienneté de son matériel ou de ses gestes contribue aussi à cette patrimonialisation. Le marais salant n’est plus un outil de production comme autrefois mais il devient un instrument de bien-être pour l’esprit chez une partie de la population. Les salines deviennent des lieux de contemplation de la nature et de promenade. Ces lieux anthropiques sont perçus comme dispensant des impression naturelles. Il s’agit d’espaces de détente, de loisirs ou de randonnée, un terrain d’aventure pour les plus jeunes, une piqûre verte pour touristes.
Ils deviennent également environnementaux, écologiques surtout lorsqu’ils abritent une faune et une flore d’une grande richesse, atout supérieur pour les observateurs d’oiseaux. C’est aussi un patrimoine gardant la mémoire de l’usage traditionnel (c’est encore plus vrai si la production a été reprise) tout en s’insérant dans un cadre environnemental exceptionnel. Ce patrimoine rend hommage à l’entreprise humaine tout en soutenant et protégeant une nature fragilisée. Le marais salant n’est plus un espace de production mais “un espace de nature”, et cela quelque soit son degré de transformation ou d’artificialisation. C’est une nature artificielle mais qui reste un “espace naturel” aux yeux des touristes qui l’observent.
NEIFAR
Le tourisme à Jerba: entre repli identitaire et ouverture à l’extérieur
Sur un total de 150 km de côtes, Jerba dispose d’une vingtaine de kilomètres de plages sablonneuses, situées à l’extrémité nord-est de l’île, c’est-à-dire à l’opposé de son accès le plus ancien et le plus commode par Jorf-Ajim. Le tourisme s’est installé sur ces côtes sablonneuses loin donc de la concentration des insulaires en l’occurrence au centre de l’île.
Les différents écrits et témoignages qui ont parlé de Jerba avant le lancement du tourisme international font état d’une île dont les ressources naturelles étaient limitées. Le Jerbien ne pouvait compter uniquement sur sa terre surtout que les ressources en eaux étaient rares et limitées. La pêche a surtout intéressé une partie de la population jerbienne en l’occurrence les habitants des localités d’Ajim, de Houmt-Souk, de Mellita et de Guellala. Le Jerbien qui habitait surtout le centre de l’île avait développé une autre stratégie qui est le commerce. Il exerçait cette activité à l’intérieur du pays comme à l’extérieur dans les pays arabes ainsi qu’en France.
L’introduction du tourisme international à Jerba depuis les années 1960 a fait émerger des actifs dans ce secteur. Pourtant, dans la culture insulaire jerbienne connue par son “autochtonie” et son repli, les idées véhiculées suite à l’initiation du tourisme international dans l’île évoquaient notamment l’éclatement moral des touristes, essentiellement occidentaux, ce qui entraînerait le développement de la nudité et des comportements sexuels libertins et parfois pervers. Ces idées auraient pu être un véritable frein au développement de cette activité dans l’île, mais la réponse des Jerbiens s’est traduite par un certain repli spatial dans leurs centres anciens autour des “Menzels”, ce qui fait que leur refus était discret face à la présence d’un côté d’un pouvoir central fort et face aussi aux opportunités qu’a pu leur offrir le tourisme d’un autre côté.
Claudine PAQUE
- Ulysse en filigrane du tourisme insulaire -
Ulysse qui “pendant des années erra” d’île en île n’est pas un touriste insulaire ! Ses escales sont rarement des séjours volontaires et toujours des aventures qui interrogent la condition humaine. Mais ce que nous dit l’Odyssée depuis le VIII° siècle av JC a imprimé sa marque sur notre imaginaire, l’espace poétique prend le pas sur la représentation géographique et lorsque le touriste contemporain prend la destination d’une île, il est imprégné de l’archétype qu’ a fondé la première grande oeuvre littéraire occidentale : un espace clos, hors de l’espace et du temps, où l’homme s’enferme ou est enfermé. L’île d’Ogygie en offre une image particulièrement forte, cette île où la nymphe immortelle Calypso retint sept ans le mortel Ulysse, héros très humain qui ne voulait pas partir à la guerre, qui pleure d’être trop longtemps séparé des siens et auquel nous pouvons tous nous identifier.
Ogygie est d’abord un avatar du paradis, Eden insulaire dominé par la figure de “la merveilleuse Calypso”. Mais “ celle qui cache “ ou “ qui est cachée “ est aussi “ la terrible déesse “ détentrice de secrets ; son île est inaccessible, hors de tout espace alors qu’il en est le centre, “ l’ombilic de la mer “.C’est aussi un lieu hors du temps où Ulysse sera confronté à la tentation de l’immortalité qu’il refusera , revendiquant sa condition d’homme.
Choisir la destination d’une île est confusément nourri par cette puissante évocation de l’île de Calypso, promesse d’un ailleurs, hors de l’espace et du temps, lieu privilégié de la confontation entre le sacré et l’humain.
Valérie PERLES
La stratégie insulaire du Club Méditerranée : une « Polynésie » en miroir
Pensée comme le vestige d’un monde préservé, la Polynésie propose au voyageur occidental une réalité insulaire propice à la projection utopique. Révélateurs d’une organisation sociale exemplaire, ces antipodes tropicaux, peu décrits par les premiers voyageurs, ne sont que des décors exotiques abstraits, mis au service d’une pensée primitiviste. Réinterprétés par la littérature, la peinture et la photographie, ils se conforment ensuite à une image mentale rêvée.
Avec le Club Méditerranée, la Polynésie, parée du charme des choses inaccessibles, demeure un concept. Emblème d’une société originelle, cette référence rend possible l’inversion de certains codes de sociabilité. Monde en soi et pour soi, le Club fonctionne comme une enclave volontairement coupée des réalités environnantes, où l’on instaure les conditions de l’utopie. A la recherche d’une sociabilité idéale, ses membres assument pleinement le caractère factice d’une « Polynésie » de convention.
Ce carpe diem exotique, signifiant efficace parce que conceptuel, est néanmoins confronté à son signifié. Peu original dans son approche, le retour initiatique du Club à sa source tahitienne fournit l’expression matérielle tangible d’un idéal vacancier. Parallèlement, cette image de rêve est méticuleusement entretenue. Les autochtones « composent » leur réalité pour rendre plausible son évocation et proposent un produit adapté à la consommation touristique. Imitant celui qu’il a inspiré, le Polynésien qui joue au « bon sauvage », est-il, au fond, si différent du Méditerranéen ?
PRUNET, GROIX
Le touriste, homme providentiel
Après avoir été, pendant un siècle, le premier port français d’armement au thon, l’île de Groix, au large de Lorient, est devenue, peu à peu et contre son gré, dépendante d’une activité touristique concentrée sur la saison estivale. L’île de Groix constitue un terrain d’analyse intéressant dans la mesure où actuellement, 50% des logements sont des résidences secondaires, l’évolution allant bien entendu vers une augmentation de celles-ci. Partant du postulat qu’un type d’espace engendre un type de société, nous pouvons comprendre que la perception et le comportement des hommes sont influencés par la forme spécifique de l’île. L’île structure l’imaginaire.
Le sujet oppose deux réalités distinctes, et propose de se pencher sur le rapport dialectique qui existe entre une identité forte, préservée, qui est celle de l’île et le tourisme, souvent vecteur de stéréotypes et d’acculturation.
Pourtant, c’est précisément des touristes, ou des résidents secondaires qu’émerge le désir de préserver l’identité d’une île, terre d’élection, qu’ils chérissent pour son authenticité. C’est le syndrome de l’homme providentiel.
A l’inverse, les îliens souvent contraints par des impératifs économiques, s’acheminent vers le continent, et quittent le cocon de l’île, qui n’est d’ailleurs plus protecteur, tout en gardant des attaches viscérales à leur lieu d’origine. Les interactions entre île et continent en terme d’habitat sont donc effectives, mais il semble que l’intégration des îliens dans la société continentale, comme l’intégration des continentaux dans la communauté îlienne soit impossible, bien que tentée et même souhaitée. Le constat de ce double écueil nous invite à réfléchir sur les questions des passerelles possibles entre ces deux groupes que représentent île et continent, et le cas échéant du devenir de chaque groupe, à tenter de définir si ce n’est pas la représentation respective que chaque groupe a de l’autre qui provoque cette situation d’amour et de haine mélangés l’un pour l’autre.
Ces attitudes peuvent s’illustrer autour de quelques points : la sociabilité, le rapport à la mer, le rapport à l’art, à la culture, et à la langue, portant en creux cette mise en scène antagoniste de l’identité et de la mémoire.
SALOME
Des identités bouleversées ? Les îles bretonnes et le développement du tourisme (1850-1914)
Dans la seconde moitié du 19e siècle, les îles bretonnes connaissent un afflux croissant de visiteurs. Dès lors, il convient de s’interroger sur l’influence que le tourisme exerce sur la construction des identités insulaires. Résultant d’un processus complexe, l’identité puise dans le sentiment d’appartenance à un groupe et se nourrit de la confrontation avec l’autre. Il importe donc dans un premier temps de rappeler les représentations et les usages des touristes qui se rendent dans les îles pour admirer des paysages qu’ils estiment grandioses et pour côtoyer des populations qu’ils jugent singulières. Dans un second temps, il est nécessaire d’envisager les réactions des insulaires face à ces images et à ces usages. En dépit de la rareté des sources disponibles, il apparaît que les insulaires s’approprient certaines modalités d’appréciation. La beauté des paysages éveille à l’évidence une grande fierté. Pour autant, ces représentations n’effacent pas les anciennes composantes identitaires, affirmées au cours du 19e siècle, mais tendent à s’ajouter et à se superposer.
abdelala BOUNOUH Universotaire a dit,
septembre 29, 2006 à 4:01
Bonjour,
Je vous invite à consulter mon blog “Tourisme durable”
Je suis intéressé par vos travaux.
Mes salutations